Pour moi Grande marée ne veut pas dire Pêche mais noeuds gratis.
Donc depuis septembre 2006 j'avais une sorte de rendez-vous avec le
Mascaret de la Sélune (50) et une bande de jeunes de Ducey que j'avais rencontré en amont de Pontaubault. Comme tout le monde s'arrête au bourg, j'étais le seul à remonter la rivière dans le noir. je pensais revenir avec le reflux Ce que j'ai fait mais d'abord ces jeunes m'avaient offert à boire et à manger tant ils étaient heureux de me voir passer devant leur tentes. On s'était dit "à l'année prochaine et je camperai aussi''
Donc le coeff de 112 c'était vendredi alors que j'étais dans les Deux-
Sèvres où ne se produit pas de Mascaret à ma connaissance.
Mais Samedi le coeff était encore assez fort: 107.
Donc
samedi après-midi libéré de mes obligations, je charge le kayak pour une nuit de camping et me mets à l'eau à Pontaubault vers 16h00. Juste avant en auto j'ai vu le lieu du campement des Duceyens avec un foyer froid mais aussi des bûches bien rangées.
La Sélune coule dans le sens normal. je me laisse aller au delà du Grouin du Sud où se massent des autos. Le soleil se couche. Pas un soufle de vent. 2 mongolfières le confirment. Les ULM se couchent aussi. Je débarque vers 19h00 pour casser la croute. Mes pieds s'enfoncent dans les sables mous. Il faut les décoller avant qu'ils ne soient trop engloutis. Heureusemet mes chaussures restent aux pieds.
Au Nord on devine graçe à leurs phares un trafic de voitures qui se rendent à la pointe de la Roche Guérin. Le soleil disparait. Le ciel reste un moment clair au Ponant tandis que dans le sombre Orient ni les étoiles ni la lune n'ont encore apparu; quelques nuages risquent de voiler le clair de lune.
19h30
J'ou௠une rumeur venant du Nord. Est-ce celle de l'Autoroute? pourquoi subitement? Je perçois aussi 2 où 3 cris d'exclamations. Cette rumeur incessante pouvant être celle du Mascaret, il est temps de réembarquer. Effectivement à la Roche Guérin les flashs fusent un instant preuve que le mascaret passe là -bas. mais de mon côté l'eau stagne. C'est sombre, je commence à me demander ce que je fais ici tout seul. J'ai troqué le chapeau large pour le bonnet et posé dessus la lampe frontale. les minutes sont longues et angoissantes.
Peu à peu la rumeur devient plus précise et soudain je distingue à 30 mètres un gonflement de la surface qui se raproche inexorablement. Dans un instant je n'aurai plus le choix le calme fera place au mouvement pendant 2 heures inexorablement. Je fais face et prends des photo. La portée du flash est très limitée en extérieur : à peine la pointe du kayak. Cinq vagues lisses de 30 cm passent sous le kayak suivi d'un bouillonnement qui m'entraine. il est 19h45. J'oriente le kayak vers l'amont et remarque que la Lune apparait à l'Est, orangée. Je distingue à peine le décor. A tribord j'ai la rive sud de l'estuaire plus sombre que le ciel. Je décide de ne pas la perdre de vue et donc je reste assez près. J'avance à la vitesse d'un coureur à pied. C'est parti! Je ne regrette plus d'être venu. je passe le Groin du Sud sans entendre les touristes, sans voir de flash. Où sont-ils?. N'étaient ils venus que pour le coucher de soleil et le rayon vert? Où suis-je?...
Soudain arrêt brutal! le kayak est bloqué et verse sur le côté, mon flanc se retrouve collé au fond de vase dans 20 cm d'eau qui coure et s'engoufre dans le cockpit. J'ai besoin de mes 2 mains pour me redresser tant le courant cherche à retourner complètement le kayak. Je me redresse sans lacher le kayak qui pourait partir sans moi et tout en notant l'eau vaseuse dans le cockpit, je me rends compte que l
a pagaie n'est plus là ! Elle doit être largement hors de portée du faiceau de ma frontale. Je ne l'avais pas attachée. je n'y avais pas pensé. je l'ai laché pour me redresser, habitué à ce qu'elle reste,
en général, à côté du kayak. Je saisis l'autre pagaie, une groenlandaise de tempête. Bien fait pour toi Philippe! je l'amarre bien entendu: c'est ma dernière.
A partir de là je profite du courant pour
écoper en avançant. Mon pull et mon bonnet sont tempés à tribord. il y a de la
vase entre le dosseret et mon dos, entre mes cuises et les cales-cuisses.
A trop serrer la rive, les contre-courants me happent, impossibles à déceller sans sunlight. Bientôt des maisons rive gauche m'indiquent que l'on entre dans la Sélune rurale. Il fait si sombre que je ne vois pas le virage à 90° à droite , ni le second à Gauche. C'est le ralentissement qui m'indique que je ne suis pas dans le lit central. Je ne peux ratrapper la première vague. D'ailleurs en kayak de mer on peut pas la surfer car la proue bute sur la rivière immobile. Quant la pagaie touche le fond je compare la profondeur à tribord avec celle de babord et me décale vers le côté plus profond pour ne pas m'échouer de nouveau. Enfin je distingue le pont de chemin de fer de Pontaubault et le pont de pierre savament éclairé. avant d'arriver dans la lumière du bourg, je sursaute en découvrant devant moi une grosse bête. c'est un surfeur allongé sur un longboard, déçu pas la vague. Il débarque à Pontaubault. Moi je n'y traîne pas. Je cesse juste de pagayer en répondant aux
saluts des enfants. Le pont de pierre est noir de monde. Certains me disent bravo!. Ils n'ont rien vu, s'ils savaient! J'essaie de m'arrêter derrière le pont mais je rate ce stop car la pagaie tempête manque de puissance. Je leur aurrai bien envoyé un avis de perte de pagaie.
(C'est par ce pont intact que
Paton a effectué la percée du front de Normandie en Aout 44. Le lendemain Hernest Hemingway "libéra" le mont St Michel chez la mère Poullard)
Le vieux pont de chemin de fer est illuminé de diodes bleues (énergie solaire)
En Amont du bourg, la Sélune se rétrécit, les arbres font de l'ombre au clair de lune et le courant me pousse entre les mousses flotantes. Plus de risque de bancs de vase mais des branches basses griffent. j'ai hate de retrouver les copains de 2006. A chaque virage j'espère voir leur
feu. Je m'y sêcherai. Les branches basses me surprennent souvent car mon XP est plûtot directeur alors qu'il faudrait virer intantanément. je ne subis, malgrè tout, aucun égratignure. La brume que s'installe m'interdit d'utiliser la frontale. Quelle est longue cette rivière! Que les rives sont monotones, surtout de nuit. Où sont les copains, je pense que j'aurais du atteindre déjà le lieu. je commence à avoir froid. ils n'ont pas du venir, soit c'est plus loin, poutant il me semblait...ils ont du venir hier...
Par besoin de confort, je décide de débarquer à 22h00 pour m'installer en autonomie. Le niveau de la rivière est presqu'au maxi mais moins haut qu'hier. C'est à dire que les berges sont glissantes de vase. Je réussis un débarquement sérieux et ôte tout mes vêtements mouillés. J'aurai du prévoir une thermos! Je m'habille de sec et prépare un bon
liof. Je monte la tente pendant la cuisson. La lune éclaire maintenant généreusement, même dans la tente.
A 23h00 quand je me couche, la rivière silencieusement entâme sa décrue.
DIMANCHE 30 SEPTEMBRE
Lever avant 8h00.le jour est levé, le soleil ne réchauffe pas encore mais il ne pleut pas. le niveau de la rivière est bas. Je ne dois pas traîner si je veux prendre le mascaret de Coeff 101. Néansmoins je déjeune correctement tout en décampant. Mes affaires sont pleines de vase. un petit poisson gît dans mon cockpit. A 9h00 le niveau est à un mètre sous celui de la berge. L'embarquement est salissant. je redescends la rivière avec l'aide du courant. je repasse à Pontaubault Aucune voiture ou remorques de kayakistes en vue, sauf la mienne. Entre les 2 virages à 90° de la Sélune, des taches couleurs vives me frappent et puis un pagayage canoë. Deux canoës et 2 SOT, en tout 3 hommes et 3 femmes poursuivent le petit mascaret. Je reprends des photos et reviens à Pontaubault avec le courant en discutant avec les canoëistes. Comme hier soir je continue, décidé à remonter totalement la Sélune. Au niveau du vieux pont de fer, j'entends une rumeur incongrue derrière moi.
3 scooters de mer me poursuivent. Le premier j'arrête à mon niveau. mais je l'ignore. Après leur passage, la surface de l'eau est chamboulée, encore plus vaseuse. Et dire que je dois les recroiser.
A t'on besoin de moteur pour remonter cette rivière? Je vais prouver que non! A midi je suis à Ducey, lègèrement à contre courant sur le dernier Km. une horde de chevaux pur-sangs est à la fois inquiète et attirée par le demi-homme qui passe. l'
Auberge de la Sélune n'as pas de débarcadère. Dommage pour elle. Je grignotte quelque trucs tout en terminant le sêchage de mon short. J'extrais la vase en noyant le cockpit 5 fois. Je redescends la Sélune à moins que ce soit elle qui me redescend comme nous l'avons laissé faire sur ces 2 aller-retours.
je dis à un pêcheur vêtu de vert que je ne l'avais pas vu. j'étais occupé par ma trajectoire à cause d'un arbre chu. Il me répond "
faut observer! vous verrez des tas de choses!"
Effectivement, j'ai vu pas mal de
faune, gente ailée surtout: 3 ragondins affolés, une buse surprise, des cols-verts et cols-bleus nageant et volant, 2 martins-pêcheurs émeraude, des ramiers claquant, un cormoran farouche, un héron huppé, des bandes de corbeaux criards, des passereaux furtifs, une coccinelle jaune, un épervier bredouille et en Sélune maritime des mulets sauteurs et des mouettes rieuses.
un p'tit album
photos