Anglo-Normandes
Samedi 14 avril 2012
Départ de Carteret pour les Ecrehoux 9,3 milles soit 17, 30 km 3h30’
Dépense énergétique 894 calories
Vitesse maximum 4,7 nds
Levé à 7h pour un départ à 8h30 et là mince pas d’eau
Vent faible 10 km/h Nord-est temps brumeux route fond 220° sémaphore à Maître île
Habituellement les Ecrehoux sont visibles depuis la plage.
La première heure vitesse 4,3 ds
La deuxième heure 3,2 nds
La troisième heure 2 nds
D’après mes calculs, la marée basse s’établissait à 8h50’. Un départ pour 8h30 me permettait de partir avec la marée descendante, de la calle jusqu'à l’embouchure du port et descendre cette rivière improvisée avec un courant porteur. Mais le faible niveau d’eau et la charge importante du kayak me firent mettre le pied à terre sur deux ou trois passages.
Arrivé à l’embouchure du port je fais face à la mer, pas de barre comme lors de mes repérages juste quelques vagues franchies sans difficulté. Le kayak file rapidement vers le large, la mer est plate mais la visibilité ne me permet pas de distinguer les îles. Bon, je salue ma famille, observe le sémaphore de Carteret puis prends mon cap compas au 240°. A Dieu vat.
Cela fait six mois que je prépare cette aventure. Le départ c’est fait très vite, dans le silence et là j’y suis. Je ne réalise pas encore. Il fait gris, je ne vois pas les îles, bientôt je ne verrais plus la cote. Je suis tout seul dans mon kayak au milieu de cette vaste étendue. J’avais prévu beaucoup de choses mais pas celle là . Oui, je suis tout seul, drôle de sentiment tout de même. Ce n’est pas de la peur, juste une remarque
. « Homme libre, toujours tu chériras la mer ! La mer est ton miroir, tu contemples ton âme… ». Je ne vois toujours pas les îles, ah ! J’aperçois les maisons, mais non, ce sont des chalutiers…. Je contacte le sémaphore de Carteret et leur indique que je fais route sur les Ecréhoux et le recontacterais en arrivant. Déjà une heure que je pagaie, toujours rien en vue. Passant près des bouées des filets de pêche, leurs sillages m’indiquent nettement un fort courant traversier déviant ma route sur la gauche (d’après les abaques 1,4 noeuds). Mais sans repère que faire : monter plus sur la droite au risque de passer au dessus des îles et de lutter contre le courant ou se laisser porter et passant sous les îles et remonter vers celles-ci une fois abrité? Heureusement que j’avais choisi un départ avec des mortes-eaux ! Un goéland va m’apporter la réponse, il arrive droit sur moi survole mon kayak puis repart en ligne droite comme pour m’indiquer la route à suivre. 20° de plus sur tribord, cela me semble excessif. Mais je suis là pour m’intégrer au plus près de la nature et de ces habitants. Ce choix n’est pas des plus rationnel mais le nom de baptême du kayak est
Albatros. Ce goéland aurait-il des dons de médium? Soit, je suis cette route, au pire dans une heure je verrais les îles. Si je suis trop haut, je me laisse porter par le courant jusqu’à la berge. Deux heures déjà , la fatigue se fait ressentir, de plus le soleil se lève et je commence à étouffer. Ne voyant pas la terre, j’ai accéléré la cadence et pour contrer la fraîcheur matinale j’avais enfilé plusieurs couches de vêtements thermiques. Je soulève mon anorak et descends la fermeture du gilet soft cell. Une bonne gorgé de boisson, une petite compote, j’étire mes muscles et scrute le paysage.
Les îles émergent enfin de la brume comme par enchantement, pile en face, bravo l’oiseau. Je vois les premières roches, puis les maisons se découpent très nettement sur le ciel bleu, la langue de sable étincelle sous le soleil. C’est tout simplement magnifique. Bon deux, stratégies se présentent à moi : un : je passe au sud des îles et je m’engage dans le chenal idoine par le sud, ou deux : la mer étant calme, je m’approche doucement et je traverse le plateau rocheux qui maintenant commence à se recouvrir. J’opte pour le deuxième choix. Je traverse entre Rocheport et la grande Galère quand soudain dans mon champ de vision périphérique une masse vacille, semblable à un énorme galet qui glisse dans l’eau ! Ce doit être la fatigue, ce rocher est hérissé de pics et de crêtes et un galet de 1 à 2 mètres et glissant en douceur dans l’onde cela ne se peut ! Je reprends un peu de boisson, je repose la caméra que je réglais sur le pont. Mais oui bien sur ne serait-ce pas un phoque tout simplement. J’avais lu que l’on pouvait en voir mais pas avant juin d’après les livres naturalistes. J’ai raté celui là , je détourne ma route pour longer d’autres îlots émergés au cas où. Bonne pioche deux phoques se prélassent à 20 mètres de moi, j’approche lentement pour ne pas les effrayer. Le premier lève la tête me regarde passe sur son copain et d’un bond se jette à l’eau. Son congénère le suit en se laissant glisser sur le bord. Puis l’un remonte me regarde un instant aussi surprit que moi de cette rencontre et met fin à ce tête à tête en replongeant. J’entrevois leurs silhouettes passer sous le kayak puis sonder vers les eaux bleues foncées. Vraiment ces îles sont un vrai petit paradis. Les roches repaires de cormorans sont posées sur une eau cristalline. Après cette visite récréative, je passe entre Maître île et la Marmotière. J’approche de la berge de la Marmotière pour débarquer et je découvre à un mètre du kayak une cinquantaine de grand pluvier à collier collés plumes à plumes couvrant l’intégralité d’une petite roche. C’est le paradis des oiseaux.
Je contourne les maisons et descends sur le débarcadère. Pile midi, escale casse- croûte sur la berge sous un soleil radieux. Un jeune pécheur débarque sur le quai, je lui demande la permission de faire une pause. « Just 2 hours » me dit-il. Je vais déjà manger, on verra après. Puis le père débarque à son tour je réitère ma demande. Désirant passer plus de temps sur ce coin de paradis, je demande l’autorisation d’installer ma tente à l’écart pour ne pas trop déranger. Le pécheur m’indique que je devrais mieux partir maintenant car demain un vent de force 6 beaufort est annoncé, je lui rétorque qu’il sera du nord, le pécheur acquiesce d’un hochement du chef. Je lui dis qu’il me sera favorable pour rejoindre Jersey. Lisant ma fatigue sur le visage, il m’indique un emplacement entre les maisons et me propose de prendre de l’eau pour la toilette au réservoir. J’installe ma tente entre deux pans de maisons et ne pouvant planter de piquet dans le béton, j’accroche les sacs étanches en guise de piquets. Après une bonne sieste au chaud dans le duvet, je m’aventure sur cette île et m’imprègne de cette sérénité. Je vois le bateau de pêche qui passe pour relever ses casiers. Tel robinson, je suis seul sur cette île hormis les oiseaux. Passé les maisons accrochées sur le roc, se déroule une grève de galet en arc de cercle qui relie une autre île. Les oiseaux sont ici chez eux et je détourne mon chemin pour ne pas les déranger. Je m’allonge et observe cette faune. Je jubile, je ne trouve même pas les mots pour décrire ce que je ressens.
Retour au bivouac pour le repas, bigorneau en entrée, Zut ! j’ai oublié l’épingle à nourrice. Soit, les premiers sont brisés à l’aide du couteau puis un joli galet rend la tache plus efficace, malgré quelques coquilles persistantes, la chair est appétissante mais croque sous la dent (la prochaine fois, je n’oublierais pas cet outil). le soleil se couche et rougeoie les roches découvertes, quel spectacle... Préparation de la route du lendemain, allez dodo, mais le vent se lève la pluie s’abat sur la tente monté sommairement. Le vent fait claquer les pans de la tente non arrimés. Je m’habille et sors pour bricoler cela. Je glisse ma pagaie dans les passants du double toit et la calle entre deux murs de maisons. Tous les objets lourds sont rangés dans les sacs étanches et mis à contributions pour tendre la tente. Le Horzain annoncé est en avance. Le vent de 40 km/heure s’infiltre entre les maisons et s’accélère dans ses couloirs. Tourne à angle droit et virevolte en sifflant avant de continuer son chemin. Je n’arrive pas à m’endormir, le bruit est étourdissant et j’ai l’impression que la tente va s’envoler. Je me bouche les oreilles avec mes index pour essayer de m’endormir. Je me tourne et me retourne, la tente claque les grains alternent les rafales de vent. Cela promet pour demain. J’enfile une micro polaire au dessus des sous vêtements thermiques, surtout ne pas prendre froid. Dans les précautions de sécurité que je me suis fixé : ne pas prendre froid, s’alimenter correctement, s’hydrater régulièrement, se reposer le plus possible, éviter les petites blessures qui ne pourront cicatriser avec l’eau de mer et devenir gênante pour la suite de l’expédition. Au bout de trois heures, je finis par m’assoupir.
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