Je raconte ici ma randonnée en solitaire juillet/août 2010 avec pour objectif principal la découverte des côtes bretonnes.
Faire le tour de la Bretagne a pour moi un attrait particulier. Il signifie utiliser le canal d'Ille & Rance et la Vilaine pour faire rejoindre les côtes nord & sud. Cela implique de passer par Rennes, ma ville. Je peux donc aller à la mer avec mon kayak en partant de chez moi, le concept me plait.
Ne connaissant que très peu le finistère notamment c’est pour moi une vraie rando découverte.
Je l’effectue en solitaire. Je ne connais personne d’autre de dispo et c’est l'occasion de mieux se connaître en tant que kayakiste et d’évoluer à son ryhtme. J’ai un léger problème d'épaule (entorse accromio-claviculaire) et dois parfois ménager mes efforts.
Voici le parcours global effectué en partant vers le sud. Distance estimée totale à 750km.

Je fais un résumé au quotidien des 25 jours de rando. J’indique les distances approximatives réalisées, aller-retours inclus. Ce sont les déplacement du kayak, chariotage inclus. Exceptionnellement le jour 14 il s’agit de marche à pied.
JOUR1 mardi 13/07/10
départ & passage d’écluses
Rennes <> St Senoux
32 km
Je chariote de mon garage à Rennes jusqu'à la Vilaine (2km environ) à 4h du mat' pour ne pas prendre de risque avec la circulation.
Je passe des écluses et navigue tout doucement malgré mon envie d'avancer. Je ménage mon épaule qui m'a fait beaucoup souffrir il y a 2 semaines à Belle Ile.
Pause photo à l’écluse du Boël :

Je dérange les nombreux chevesnes qui somnolent à fleur d’eau.
Peu avant de m’arrêter un pêcheur a un silure en bout de ligne mais ne peut remonter sa prise car son matériel est trop léger. Sinon je serai resté au spectacle, je n'ai fait que 4-5km de plus.
Seul Bourg-des-comptes attire mon attention.

Je tenterai moi-même de pêcher du ponton de mon lieu de bivouac sans résultat.

JOUR2 mercredi 14/07/10
vilaine canalisée & fête nationale
St Senoux <> Brain / Vilaine
37 km
Mon épaule me fait souffrir le matin et à chaud ça va mieux. Je croise beaucoup de cygnes, que j'évite, et peu de plaisanciers.

Un vent fort s'engouffre dans la vallée de la Vilaine et me freine considérablement, je cherche les bordures abritées.
Chaque passage d’écluse me fatigue, je sens des courbatures quand je me hisse sur un ponton.

Le soir je m’essaye au leurre souple, mais aucun bec ne frappe. Plus tard dans la nuit j’entendrai le bal de Brain / Vilaine.

JOUR3 jeudi 15/07/10
Vilaine sauvage
Brain / Vilaine <> Château de Léhellec
48 km
En m’arrêtant à Brain la veille je voulais revoir la star locale du village croisée 2 ans plus tôt en faisant Rennes-Chateaulin à vélo. Une vedette qu'on sait toujours où trouver et avec qui j’avais bien rigolé. Mais ayant déjà accumulé de la fatigue, je ne sors pas du kayak au moment où je traverse le bourg.
Je croise d’autres pagayeurs dans un canoé en bois vraiment très beau. C'est sa première mise à l'eau. Ils voulaient partir de chez eux (Langon de mémoire), père et fils, pour rejoindre Redon mais avec le vent ils repoussent le projet.
Un bruit d’hélico et je vois mon premier tigre. Il file au sud.

Passé Redon le site est superbe, plus de hallage, plein d'oiseaux, des plaisanciers bien sympathiques et heureux d'être là . On navigue dans une rivière bordée de hautes herbes, le site semble marécageux mais ne l’est pas. J’ai croisé un passionné d’ornithologie qui m’a expliqué qu’il venait au printemps observer ici les oiseaux.


Je m'étonne de voir des voiliers remonter la vilaine au moteur alors qu'ils ont un fort vent arrière.
Je constate de nombreuses cabanes et carrelets, bateaux carrelet à l'abandon.

Je passe ma 2ème nuit dans le crachin, sac de couchage et sursac me suffisent. Le duvet (15°C) est un peu léger et je chercherai mieux à mon escale à Belz (Philippe m'a donné la solution en me montrant sa couverture de soie qui prend peu de place et qui ajoute 5°C, j'en ai acheté une à Vannes, cf jour7 et n'ai plus eu froid la nuit par la suite).

Le randonneur, ornithologue à ses heures, accepte de me photographier.

JOUR4 vendredi 16/07/10
arrivée en eau salée
Château de Léhellec <> Damgan
27 km
Dans le silence absolu du petit matin je traverse port Froleux où je frôle de jolis voiliers et autres bateaux. Il y en a énormément, je dirai 200, moment magique, il n’y a personne sur les ponts.
La vallée plane devient falaises autour de La Roche Bernard.
Sous le pont un jeune goéland.

J’atteins Arzal. Des bateaux font la queue à une station essence sur pilotis, d'autres font la queue à l'ouverture du barrage. Je fuis en chariotant à une cale.
Rien n'est prévu pour les petites embarcations et je dois traverser un lotissement pour arriver de l’autre côté où il n’y a pas de cale. Je repars à travers la vase. La rupture est brutale. Il n’y a aucune harmonie entre vilaine & mer et un fort vent d’ouest me souhaite la bienvenue.

J’atteins la pointe de Kervoyal avec peine. Je me restaure d'un triple portion de moules, délicieuses.

On sort d’un coef 104 et l’eau est marron jusqu’à Arzon. Inutile de penser à chasser. Je dors sous une pluie fine.
JOUR5 samedi 17/07/10
mer agitée
Damgan <> Locmariaquer
17 milles
Je pagaye contre le vent. Je m’épuise.
Le château de suscinio :

A 14h je trouve une belle plage où je m’arrête. J’hésite à attendre le lendemain, je fait beaucoup d’efforts pour peu de distance. Mais le soleil tape fort et je ne sais pas rester inactif, je retourne sur l’eau.
Ma progression au centimètre m’énerve. Je perds patience et commence à perdre mon self-contrôle. Je donne toute mon énergie malgré les conditions. Je retrouve un rythme de progression acceptable et retrouve le moral.
Il y a de belles falaises sur la presqu'île. Je prends plaisir à les frôler. La mer est formée et en jouant avec les vagues je prend une rouste.
Je regarde sur ma carte les possibilités pour rejoindre le groupe EU qui fait un week-end kayak dans le Golfe et campe à l’île d’Arz. Malgré mon envie de leur faire un coucou les rejoindre dépasse mon potentiel.
J’oublie ma photo quotidienne de bivouac.
JOUR6 dimanche 18/07/10
farniente en famille
Locmariaquer <> Penthièvre
9 milles
De la famille me rejoint à la plage, c'est le moment de se reposer.
J'appelle Nico & Philippe qui sont dans le Golfe. Apparemment ils ont fait une très grosse journée le samedi. Philippe me rejoindra le soir et on passera la soirée à causer kayak.
Après le repos je quitte Locmariaquer en rasant les cailloux. Je prend plus large pour doubler la Trinité, Carnac. Le trafic plaisancier est intense. Des jets-skis tondent la pelouse.
Je prend plaisir à pagayer car il n'y pas de vent! Je vais plus vite que les voiles !
J'hésite à orienter mon cap directement sur le Conguel. Je pourrai faire la côte sauvage le lendemain. Mais j’ai hâte d'arriver sur des côtes inconnues et je choisis de charioter à l'Isthme.
Devant Penthièvre je constate une armée de bouées blanches (des casiers?) et dans l'eau des sortes de blocs de métaux anti-houle pour protéger la digue.







































