C'est le bon jour pour aller les rencontrer. Une petite bouteille d'ouzo ramenée de la mer ionienne, les glaçons qui vont bien, la paella du marché du matin dans la glacière et en route pour Saint-Jory :p .
Je passe sur la Garonne. Pas de doute, y'a du flot, au moins 5 à 6 km/h de courant. Il faut dire, qu'avec tout ce qui nous a dégringolé dessus depuis un mois, ce n'est pas surprenant. Une chose est sûre, ce n'est pas le manque d'eau qui justifie le refus de certains éclusiers de les faire passer .
Bref, en voyant l'état de la Garonne, je me dis que c'est bien dommage de ne pas en profiter. Le long du canal, pas de kayaks en vue. Renseignements pris, personne n'a vu de kayak.
J'appelle Ludo. " On est au bord de la Garonne, rive droite, à Fenouillet. Demain, on navigue sur le fleuve ! ". Tiens donc
Je les rejoins alors qu'ils montent le bivouac. Il commence à pleuvoir. Valérie, la copine de Xavier, qui les accompagne à vélo depuis Agde, viens juste de se tordre la cheville dans le bois flotté sur la rive. Avec toute ma glace, je tombe à pic ! Un peu d'inquiétude pour la suite du périple en vélo, mais le lendemain, elle fera quand-même quasiment 80 km
Ludo et Xavier me résument leurs aventures contre les éléments. Depuis le jour de leur départ, où Ludo était malade et vomissait en pagayant, pour passer le Cap Sicié, dans le mauvais temps (Pierre O, tu te souviens ? "C'est tout blanc à la pointe, je ne pense pas qu'ils puissent passer !"), ils ont tout eu ! Pluie, vent, froid, mer forte, le sable de Camargue qui cingle, et les moustiques qui attaquent quand le vent se calme !
Xavier, m'a raconté qu'à un bivouac, les rafales de vent étaient si violentes qu'elles renversaient les kayaks encore chargés. Ils sont restés une heure, couchés derrière à plat ventre, pour les maintenir et se protéger du criblage du sable !
Même sur le canal, dans les longues lignes droites, ils avaient le vent contre eux !
Je pense pouvoir dire que depuis leur départ, cela va faire un mois, ils peuvent compter les beaux jours sur les doigts d'une seule main ! Donc, en résumé, si vous voulez avoir du beau temps pour vos vacances, filez dans le coin opposé de la France où T2FK se trouve ! Attention les bretons, ils arrivent
Malgré tout, je les trouve toujours aussi motivés. La perspective de faire enfin d'une traite, 60 km sans écluses, le lendemain, les enthousiasme. Il faut dire, de plus, que les écluses du canal latéral de la Garonne, sont presque toutes, automatisées. Cela implique donc quelques acrobaties pour attraper et tourner la perche. De plus, le processus est très long : 40 mn, pour passer une écluse !
Je les quitte très tard, en leur prometant de leur concocter un topo ad-hoc pour le surlendemain, car ils vont arriver dans la zone de Golfech où se trouvent pas mal de barrages.
Le lendemain soir, ils sont effectivement 60 km plus loin. En plus, il n'a pas fait trop mauvais. Valérie a suivi le canal, mais comme certains chemins de halage sont en réfection, elle s'est retrouvée avec ses roues bloquées par la boue ! Heureusement, des personnes serviables ont immergé son vélo dans le canal pour pouvoir le nettoyer ! Toute seule, sous la pluie, pour une non-sportive, elle a du mérite !
Grâce à géoportail, j'ai visualisé les difficultés qui les attendent après l'affluent du Tarn.
Sur la Garonne : Un barrage hydro-électrique, quatre seuils successifs espacés de 2 km puis le seuil de Golfech, et enfin un dernier seuil situé en aval de la centrale. Vu le débit du fleuve, pas évident !
Au premier barrage, à droite, part le canal qui va à la centrale et se termine aussi par un barrage Hydro-électrique. Cela pourrait permettre de rejoindre le canal latéral en zappant 3 écluses, mais les berges sont en béton et inclinées, pas évident non plus, surtout qu'il doit y avoir un gros débit .
Troisième solution, reprendre le canal latéral qui longe la Garonne avant le barrage et la rejoindre en aval de tous ces obstacles. Ensuite, la passe de Boé, avant Agen, et plus rien, jusqu'à l'océan
Le lendemain, Xavier et Ludo arrivent sur cette zone où la retenue du barrage et l'affluent du Tarn créent une espèce de grand lac. C'est bien-sûr à cet endroit-là , qu'un gros grain les prend ! Rafales violentes, pluie horizontale de face, vagues, tout y est ! Ils rejoignent le canal latéral, passent une écluse, et à la seconde, celle-ci se bloque en sécurité à cause de la trop forte pression due au débit
Un gars du service fluvial leur a fortement déconseillé de rejoindre la Garonne avant Agen : Les barrages automatisés larguent d'énormes quantités d'eau sans prévenir. On est quasiment en situation de crue.
Samedi soir, je vais les rejoindre à Agen, au bout du pont canal. Tiens, il ne pleut pas ! Je leur ai ramené un deuxième panneau solaire ainsi qu'un boîtier de 3400 mAh en échange du 1800 mAh de Ludo. Vu l'absence continuelle de soleil, j'ai peur qu'ils ne tombent à court d'énergie électrique. Pourtant, ils n'ont jamais eu de problème, mais avec l'océan qui les attend, autant avoir ceinture et bretelles !
à‰tude du trajet du lendemain : Comme il est difficile d'embarquer sur la Garonne de cet endroit, descente de 2 km avec les chariots sur le chemin de halage, pour éviter 4 écluses. Mise à l'eau sur le canal pour rejoindre le fleuve quelques km plus bas.
Je les quitte, en leur promettant d'aller les voir en Bretagne ou Normandie. Valérie les quittera à Bordeaux pour rentrer en train.
Au retour, je vois la passe de Boé. La passe à poisson où on traverse sans problème normalement, est un torrent. Elle ne fait qu'une dizaine de mètres de large et les arbres des 2 rives sont au ras de l'eau. Passer par là avec des kayaks de mer chargés n'était pas envisageable, c'était suicidaire !
Hier-soir, petit coup de téléphone à Ludo pour savoir comment s'était passé la journée. Son chariot a cassé dès le début du portage
Ce soir, ils seront dans la zone où la marée commence à se faire sentir !
Ah, j'oubliais, aujourd'hui, il tombe des cordes :rolleyes: !
