C'est un grand jour pour mon projet, la grande étape sans répit intermédiaire. Je m'attends à passer beaucoup d'heures dans le kayak. Alors dès huit heures 45 je quitte ce port où la vie doit être dure hors saison touristique et dont la population semble résignée. La plage est déserte. Un cargo a accosté pendant la nuit.
VOILIER CHALENGE
Un voilier tourne au ralenti dans le bassin. Immatriculé à Bayonne. Je lui demande où il va aujourd'hui?. Il est sorti de la ria d'Ortiguera à marée haute fait un petit tour dans Carino pour se faire une idée. Comme je m'en doutais : il se rend à Cedeira, prochain mouillage abrité et charmant. Je réponds « moi aussi ». Le skipper dans sa logique limitée se dit que je suis dans mon annexe. « Et il est où votre bateau ? » « J'y suis assis monsieur » Nous partons quasiment en même temps. Lui au moteur.
GENTIL CAP

Le vent est très léger le soleil va s'élever et générer la brise thermique. Le long de la face orientale du cap Ortegal, la mer est relativement calme, les reliefs sont variés et créatifs. En une demi-heure j'arrive au cap lui même. Il se prolonge par un ensemble d'aiguilles, qui recevant la houle d'ouest doivent faire mousser les déferlantes. Mais en cette matinée bénie, rien n'est déstabilisant. La politique de ne pas m'exposer trop m'empêche de trainer dans ce décor fantastique. Je réalise quand même des photos et 2 vidéos avec commentaires en Espagnol et en Français en vue des montages. Seul un bateau de pêche travaille à proximité. Je ne crois pas qu'il m'aie vu. Mon voilier continue son cap au nord avant de passer à l'Ouest hors de vue du paysage.
Le phare à mi pente (124 m) porte à 18 milles. J'y étais allé en voiture en 2004. Un endroit fort.
9 MILLES DEVANT


Depuis le cap Ortégal, je distingue le cap Candieira à 9 miles, c'est comme Molène depuis Lanildut. Sauf que ce cap est bien plus élevé que le clocher de Molène. Entre ces 2 caps se creuse une baie, présentant une haute falaise déchiquetée.
Je crains tellement d'avoir du mal à terminer l'étape que je n'irai pas raser les cailloux. Je naviguerai donc loin du bord. Ce recul est bon pour englober la dimension exceptionnelle dans le regard. Vous pouvez en voir des détails durant les 14 mn de la vidéo avec Manolo et 3 autres de l'AGKM où ils y passent HUIT heures, 2 jours avant moi. http://vimeo.com/7842141
Dans cette montagne de la Capelada, qui s'immerge sur 15 kilomètres, mise à part la mine de Dunite, la seule structure est un ermitage, des sentiers de randonnée, , des éoliennes, des prairies d'alpage et des landes où paissent des chevaux en liberté.
MERCI LA BRISE
La brise s'élève et rentabilise ma voile. Le cap Candieira est atteint en 2 heures seulement. (4.5 noeuds) II porte aussi son phare à 89 m au dessus de la mer, visible à 22 milles.
Mon voilier, du moins je le crois, est un peu en avance sur moi malgré son détour.
CEDEIRA la récompense

A partir de là , je longue la côte en prenant le virage à bâbord à la corde. Des bateaux de pêche sont ancrés près de la falaise à l'abri du vent. Personne à bord. Tout le monde est sur les roches à arracher les pousses -pied. Je salue ceux qui me voient et continue poussé par le venturi du détroit d'entrée dans la magnifique ria de Cedeira. Son fond est garni d'une forêt et d'un banc de sable classé que contourne le rio.

A l'Est le port de pêche et la ville. La mer descend (le jusant m'a sans doute aidé) Le voilier de Bayonne rode encore dans le port cherchant son mouillage idéal. Le skipper me dit « vous avez fait vite. » En effet je me demande pourquoi ces deux précédentes étapes m'avaient impressionné. J'avais mal évalué les distances et des paroles et des lectures m'avaient mis en garde. En tous cas je suis comblé d'avoir complété ces fameuses milles du périmètre de la Galice. Une petite plage s'intercale entre le moderne port de pêche et la ville assez bien conservée. J'y dégourdis mes jambes et me baigne. L'eau est si bonne. Je prends une douche de plage et mets mon lycra à sécher. Le short noir sèche vite sur moi. Je laisse le kayak à flot, amarré car le fond est plat. Je confie la surveillance à une femme mure pendant que je vais au bourg acheter des produit frais. Au retour je croise la femme qui m'assure que sa fille a pris le relais. J'ai gagné au change. Nous conversons alors que j'engloutis des yaourts aux fruits. Lactose et fructose aident à la récupération musculaire. Un homme s'intéresse à mon kayak, sans conteste le plus beau bateau du mouillage.
POUSSE PIEDS
Derrière la plage, je découvre un hamac, malheureusement exposé au soleil. Je m'y installe. Peu après un aboiement me tire de ma rêverie. Ce sont les propriétaires qui arrivent mais n'objectent rien à mon occupation. Ces pêcheurs reviennent de mer et ont plein de chose à préparer pour vendre à la criée dès que possible. Leurs voisins sont les perceberos qui m'avaient vu passer. Ils m'offrent 4 pousses pied parmi les plus longs. Je les mange tout cru. Ça se mange cuit le plus souvent. C'est presque pareil. En tout cas leur sympathie et l'iode me rendent la forme mieux que le hamac. Ils m'incitent à aller voir la criée. Aujourd'hui les criées sont silencieuses. L'électronique clôt les becs. Les acheteurs passent leurs enchères avec une sorte de télécommande de télé, la tenant dans le dos pour ne pas montrer aux concurrents leur intention. Un panneau indique les tailles minimum par espèce. Pour les pousse-pied elle est de 4 cm. La majorité de ce que je vois défiler a plutôt la moitié. D'ailleurs la télé nationale diffuse un spot de propagande à l'adresse des pêcheurs pro & plaisance et des consommateurs pour enfin respecter la taille. C'est très important. Les Espagnols ont déjà éradiqué des espèces sans en tirer les leçons. Les ports sont des puits sans fonds de nostalgie et de regrets.

OU DORMIR?
En 2007 j'étais arrivé ici directement depuis Viveiro à bord d'un voilier charentais. J'avais dormi à bord.
Comme il n'est pas encore l'heure de dormir et que je suis dans une zone urbaine, je rembarque pour aller revoir les petites plages d'avant le port. Elles sont très occupées, y compris par des Coruà±eros (de la Corogne) débarqués de luxueuses vedettes. J'ai un doute aussi sur la présence de sable à pleine mer. Alors je repense à mon piquenique de 2007 le jour où j'ai quitté Cedeira. Le vent thermique est à son maximum (4 ou 5), dans le bon sens. Je hisse la voile et très heureux, je saute de vague en vagues vers le soleil.
Les tous derniers me renseignent sur le village voisin Meiras et le mari me prend abondamment en photo. Ils sont de Ferrol et en déplorent le déclin économique et populaire. Ville de naissance de Franco, rade mieux défendue que celle de Brest, Ferrol a prospéré jusqu'aux années 70, date de fermeture de l'arsenal. On allait passer la soirée à Ferrol parce que c'était animé. Les bars et restaurant ne désemplissaient pas. Les marins du monde entier s'y croisaient. Ferrol était jumelle par le fait avec la Havane à Cuba. Plus tard à Muxia j'ai rencontré 3 grosses femmes permanentées qui elles, étaient très fières de leur ville « Ferrol Caudillo » précisent -elles. La particule qui faisait allusion au dictateur sera éliminée par le gouvernement républicain.
A la nuit je traverse les dunes et m'arrête boire une bière au premier débit rencontré ; celui d'un camping. Cette super journée de 22 milles vaut bien une mousse mais c'est en solitude car la télé diffuse un mach de foot. Ce village recèle une jolie petite ria sablonneuse un peu comme Penfoul dans le 29N.
Ce soir le vent souffle sur la dune. Au vent, la pisciculture industrielle accueille de temps en temps un bruyant camion frigorifique. Je m'installe sur la plage en véritable Bivouac. Je n'ai pas envie de me lever tôt.
Aujourd'hui :
8h45 -12h51 : 15.90 milles
17h00- 19h00 : 6.80 milles