Dernière ligne droite. C'est la première fois dans toutes mes randos que je rejoins ma voiture.
BILAN AVEC UN SPà‰CIALISTE
Dans le début de matinée j'ai l'occasion de parler à Jaime pendant l'arrosage des haies. Je résume :
-toutes les étapes par vent portant, 4 heures pour l'Estaca et l'Ortégal, nuit à Vionta.
Jaime :«- et la pointe de Falcoeiro ? Le coin le plus dangereux du parcours » - Mer calme l'ami !
« Et ta santé, tes douleurs d'épaule ? » -Si je pagaie façon course en ligne j'y échappe. Je n'ai aucun bobo, je suis juste très fatigué.
Jaime : « -donc Falcoeiro au calme et Vionta sans expulsion, t'as eu de la chance, Felipe ! à la bonne heure ! ». (enhorabuena).
Effectivement, cette côte si dangereuse normalement, ne m'a pas semblé difficile cette année. Par contre au niveau des contacts humains et de ma vie culturelle ce n'est le meilleur des 3 voyages ici.
Un Andalou de 70 ans a fait le tour d'Espagne et du Portugal. Il laissa son kayak ici le temps d'aller à l'anniversaire de sa femme. Jaime ajoute que son physique était impressionnant. Moi, c'est la souplesse de Jaime m'impressionne.
Arrivent de Castille 3 kayakistes pour acheter ou louer du matos, ils commencent leur vacances réjouis d'être dans ce haut lieu du kayak. Jaime me présente. On fraternise. C'est ainsi quand on partage la même passion.
PARCOUR URBANISE

Je salue tout le monde et mon kayak m'entraine dans la descente vers la Ria de Vigo. Je cours derrière le kayak, empruntant le chemin de bois de la plage. Il se termine en tremplin. En atterrissant sur le sable sec, une sangle du chariot se rompt, cuite par le sel. Je dois pourtant rouler encore alors je fais un nœud et réinstalle le chariot.
Cette ria est celle que j'ai le plus fréquenté par la rive. C'est la première fois que je l'emprunte en kayak. En sortant de la baie de Limens, je confonds la rive sud avec la baie de Cangas, Cette ria est la plus étroite des 4 du Sud. D'autant plus à marée base de vives-eaux. La mer commence à monter, un courant de marée va m'aider, ce n'est pas coutume depuis 15 jours.
Il y a tant de chose à observer que même à 3 nœuds on ne voit pas tout. Villes et villages, ports, chantier naval, mouillages, plages, aquaculture. A bâbord je passerai devant 6 villages et ports de pêchè. A tribord 4 villages et la Ville de Vigo (grosse comme Nantes) a bétonné 17 km de rive. Un demi-million d'habitants.
peut être que votre voiture à chevron a transité par ici.

Rapidement je me trouve abrité du vent. Le soleil darde ses rayons. J'ôte mon gilet et ouvre la jupe. Je garde le lycra à cause des mélanomes.
AIRE DE PIC NIC FLOTANTE
Peu avant midi, apathique, je choisis de m'arrêter sur une des nombreuse bateas. Ce sont des radeaux de conchyliculture de 15 m par 15 m. Les moules croissent accrochées à des cordes pendue dessous. Les grosses poutres entrecroisées proviennent d'Afrique. Les excréments des moules tapissent le fond de la ria à raison 0.5 à 2 cm par an. L'acidité tue toute la vie originelle. Etes-vous d'accord de payer 3 fois plus cher les moules d'élevage pour financer l'aspiration du caca de moule ? J'amarre mon XP à un boulon. Je débarque. On peut marcher sur les poutres bien équarries. Il ne faut pas faire de faux pas. Des gros mulets rodent en dessous. Sur une batea voisine, quelqu'un les capture avec une épuisette. Ma semoule de couscous a cuit dans l'eau froide depuis ce matin dans une boite. Celle-ci me sert d'assiette ; j'agrémente encore de thon en boite sans huile. Est-ce à menu je ne dois épuisement? De temps en temps passe un bateau à moteur rapide. Sont-ils si pressés ? Les vagues produites secouent la batea. Le fruit que j'avais posé sur la poutre n'y est plus. Dommage. Je repars sans faire de sieste.
LAC SUISSE
La ria au plus étroit passe sous le pont de Rande.
J'ai très souvent emprunté l'autoroute nord-sud 40 mètres au dessus. On n'entend pas le trafic. Ceci débouche sur le plan d'eau de Saint Simon. Vu du goulet on dirait un lac mais les marées y jouent. Y'a plus de bateaux, on y pêche les coques d'élevage également. Les marées partagent le travail : à marée basse les femmes à pied, à marée haute et embarqués, les hommes à l'aide de râteaux long manche. Je distingue au loin un groupe de kayaks qui passe devant moi vers la droite. Moi je vais tout droit vers les îles Saint Simon.
Ces 2 iles souvent aperçues de près depuis la route N550, me fascinaient depuis longtemps. Je vais enfin les approcher. J'aurai pu le faire même à la nage. Je ne me suis jamais donné l'occasion. Les bâtiments aux multiples fenêtres, entourés de hauts arbres variés me faisaient penser à un lieu privilégié unique . C'était ignorer la longue histoire de l'endroit.
Les autres kayakistes longent la rive que je viens d'atteindre. Je traine autour du lieu historique comme pour rattraper le temps perdu. Dans sept jours je participerai à une visite guidée.

Les kayakistes s'arrêtent à la plage de Cessantes. Je les rejoints. 4 trentenaires ont loué 2 K1 et un K2 au club de Paredes que je connais.
Dà‰BANDADE
J'envoie un SMS à mes amis d'Arcade : « il me reste 2 km». En 2004 ils avaient dit : « tu mérites d'être accueilli par la fanfare municipale ». Là je suis tellement crevé que je l'accepterai, ou seulement une aide pour le chariotage…
Les 2 derniers km sont les plus durs. Il n'y a pas de vent, pas de vagues, pas de froid, il fait bon, le courant pousse, je connais le paysage. Pourtant depuis le SMS mes nerfs m'ont lâché. J'arrive à la cale de granit d'Acade. Seul un homme m'observe. J'ai la flemme de lui dire : j'arrive de Viveiro !
C'est fini comme prévu mais je suis insatisfait, sans le comprendre. Le chariotage me dégoute tant ça monte. Je ne vais pas non plus chercher la voiture ; je n'y pense quand même pas. Je reste les pieds dans l'eau assis sur le kayak à observer les alevins. Un gamin arrive déterminé à en attraper avec une petite épuisette. J'imagine comment il sera adulte. Arcade s'est développée au niveau du gué puis du seul pont qui permettait de traverser à pied la ria de Vigo. En amont du pont de Sampaio la ria devient le Rio Vertugo.

J'y ai vu un aigle, le seul de ma vie. Le pont suivant est un pont de cordes pour piétons.
Une bataille déterminante dans la guerre de libération contre les troupes Napoléoniennes a eu lieu pour ce pont de Sampaio. Lors d'une commémoration, en tant que Français je ne me suis pas senti à mon aise.
Je reste au moins une heure à rien faire avant de gréer le chariot. Puis je commence le chariotage. Y a pas un kilomètre mais ça monte bien entendu. Je franchis la voie ferrée (LGV en travaux) par un pont,
et la route nationale au feu vert. Je pose le kayak dans la cour et entre dans la maison. Les 48 heures qui suivent, je les consacrerai à la récupération en dormant beaucoup. Lundi ma tension est toujours basse.Aujourd'hui :
10h57 - 15h30 = 11.80 milles
