Je vous laisse lire ma petite histoire, ma question finale étant : lorsqu'un kayakiste de gros gabarit, de surcroît débutant, ne parvient pas à remonter dans son kayak (ponté ou déponté) par les moyens classiques, avez-vous quelques trucs et astuces pour parvenir à le faire réembarquer sans nécessiter l'intervention d'un zodiac ?
Voilà le topo :
Je pars en encadrement sur une "balade nature", rando de deux heures à deux moniteurs avec un groupe de 17 personnes de 10 à 60 ans, pour découvrir les grottes de Morgat. Tous les stagiaires sont en dépontés plastique. Dès le début, je repère un gros balèse qui tremble dans son bateau, fait des gestes très nerveux, parle par saccades, et respire comme une femme qui accouche. Premier dessalage, il s'accroche à son bateau et crie "HELP ! HELP !"... Bon, j'arrive, souriante, zen, bougez pas monsieur, je vais vous aider. Là , il remonte, je prends le temps de le calmer, on repart... Je prends son gamin de 10 ans en remorque car il galère à cause du vent (petit clapot).
Le dessalage nous ayant fait perdre du temps, on rejoint le reste du groupe un peu plus loin, derrière une pointe rocheuse. Je vais voir l'autre mono pour lui dire que j'estime plus sage de faire rentrer le mec et son fils au port avant que ça ne dégénère. Je laisse donc mon collègue continuer la balade avec le reste du groupe et je fais demi-tour avec les deux autres. Quelques mètres plus loin, dans une zone de clapot à quelques mètres des rochers, le gars dessale encore une fois. Sauf que là , c'est la panique : il gesticule dans tous les sens, crie ("à l'aide, à l'aide, sortez-moi de l'eau, à l'aide, au secours !!!"), s'accroche à son bateau et essaye de grimper dessus n'importe comment sans attendre que j'arrive...
"Monsieur, lâchez votre kayak et accrochez-vous à ma pointe avant !"
Erreur stratégique.
Pourquoi ? Parce que paniqué comme il l'était, il est monté sur ma pointe avant... Et j'ai beau être costaud, contre 120kg, je peux rien faire... il me renverse, je tombe, ma pagaie accrochée à mon leash de gilet et donc pas à portée de main... ce qui veut dire, esquimautage fort compromis. Coup de bol, en tendant le bras au moment de me viander, j'arrive à me rattraper à son kayak et je réussis à m'appuyer dessus pour remonter. Je lui gueule de lâcher mon kayak (sachant que j'ai toujours son gamin en remorque, en plus), et il me regarde sans trop comprendre avant de réussir à me lâcher. Je récupère ma pagaie, ramène son kayak vers moi, et le remets à l'endroit.
Arrive maintenant la partie encore plus folklo : un mec lourd, c'est déjà pas évident à remonter. Un mec lourd en pleine crise d'angoisse, c'est ingérable... le gars était donc incapable de faire ce que je lui disais, et quand il avait enfin compris, il ne réussissait pas. Autre solution : sortir le mec de l'eau à la main, c'est à dire en le tirant par le gilet pour le coucher à plat ventre sur le kayak. Haha. Laissez tomber : au premier essai, j'ai pas réussi à lui soulever les épaules hors de l'eau (120kg à une main, j'avoue, je maîtrise pas.). Au deuxième essai, sa sous-cuttale s'arrache (la sangle qu'on passe entre les jambes sur les gilets de voile) et il se retrouve avec les épaules du gilet au-dessus des oreilles. N'oubliez pas qu'on est en zone de clapot devant les rochers contre lesquels le vent nous pousse... j'adowe. Je commençais un peu (beaucoup) à me demander comment j'allais nous sortir de cette merde, tous les trois.
Autre tentative de sécu : "Tenez la pointe de votre kayak d'une main et venez vous tenir à ma pointe arrière. Faites la planche comme ça, et je vais vous remorquer jusqu'à la plage". La plage étant à une trentaine de mètres, ça aurait pu le faire... Sauf que j'ai jamais pu avancer avec le mec accroché derrière, c'était juste impossible. J'étais scotchée, comme avec une ancre. Pagaie aussi fort que tu veux, tu avances pas un cul ! Restons zen. J'fais quoi ? Le mec est toujours en panique, moi je commence sérieusement à m'inquiéter pour ma propre sécurité vu la proximité des rochers et le comportement du gars.
Solution : toujours avoir un portable sur soi. Je sors donc mon téléphone de sous mon gilet, avec le numéro de la sécu G (le bateau de sécurité générale, un gros zodiac qui patrouille pour surveiller l'ensemble des groupes du centre nautique et qui intervient en cas de problème ou sur demande des moniteurs). J'explique à mon dessalé que je vais appeler un bateau à moteur pour l'aider à remonter dans son kayak ; il me regarde d'un air ahuri mais finit par hocher la tête au bout de la 3e fois. J'appelle la sécu G... on me confirme que le zodiac arrive, et je me retourne vers le mec : il me dévisageait d'un air d'angoisse la plus profonde, ça foutait limite les boules... Je jette un oeil à son gamin complètement trauma qui est en train de pleurer, toujours en remorque derrière moi - mais toujours dans son kayak. Voyant l'état de stress du mec, je lui tends la main (il est toujours accroché comme un perdu à son kayak) pour le ramener vers moi. Comme on l'avait appris une semaine plus tôt en formation (une chance), je l'ai fait se coucher dans l'eau sur le dos et je me suis penchée vers lui pour le tenir dans mes bras comme un enfant, sa tête posée au creux de mon coude. Il n'y a qu'à ce moment-là qu'il a arrêté de se débattre et qu'il a enfin lâché son kayak (bon, il m'a accroché le bras à la place, mais on fait avec).
Je vous jure que j'ai jamais été autant soulagée d'entendre un zodiac arriver pleine balle vers moi... Ca s'est bien fini, le responsable sécu a réussi à le faire monter dans le zodiac (ça n'a pas été facile, même pour lui), puis il a récupéré le gosse et les a tous les deux ramenés au centre nautique, tandis que je remontais pour rejoindre le reste du groupe...
Moralité : Toujours avoir son portable sur soi dans une poche étanche, allumé et chargé, à portée de main...
Et donc, ma question : lorsqu'un kayakiste de gros gabarit, de surcroît débutant, ne parvient pas à remonter dans son kayak (ponté ou déponté) par les moyens classiques, avez-vous quelques trucs et astuces pour parvenir à le faire réembarquer sans nécessiter l'intervention d'un zodiac ?