MATIN SUR ROUES
Ni moi, ni mes amis n'avons pu planifier le meilleur itinéraire par transport en commun. De multiples compagnies de Cars et 2 de Train cohabitent sur les grands axes. La LGV est en construction. Un car de Santiago à Viveiro offrirait une diagonale intéressante. Le but est de pouvoir enchainer aujourd'hui ma première étape en kayak en plein jour, sinon où passer la nuit ?
A 7h00 je prends un premier train d'Arcade à la préfecture Pontevedra. 15 mn de trajet. Ici les gares routières et ferroviaires sont mitoyennes. Je note l'horaire du train suivant et vais me renseigner pour les cars. Je choisi un car jusqu'à Santiago (ST Jacques) de Compostelle. Le guichetier n'est pas foutu de me dire s'il y aura à Compostelle un car pour les Rias du Nord. Il faudra peut être aller jusqu'à la Corogne. « Renseignez vous à Compostelle ». C'est ce que je fais et pendant que je n'obtiens pas le bon renseignement, mon car continue sur la Corogne. J'en prends un autre. A La Corogne on me conseille d'aller à Ferrol. Enfin à Ferrol je monte dans le bus des rias du Nord. Il n'est guère rempli, je choisis une place avant. En rase campagne, monte une femme mure qui choisi de s'asseoir à mon côté. J'engage la conversation. Elle me dit vivre dans un petit village, où l'an dernier elle a accueilli 2 jeunes Anglais de passage. En son absence, ils ont abusé de son hospitalité en invitant une 10zaine de copains et en vidant sa cave. Je lui dis que ce n'est pas courant d'accueillir des inconnus. « oui mais je suis une femme « très ouverte». Elle me laisse son prénom ; son hameau est accessible en kayak mais en descendant une rivière en slalom. Au niveau d'un virage, j'aperçois le plan d'eau de la première étape où 3 cargos sont ancrés face au Nordet. Se mettent-ils à l'abri d'un coup de tabac ?
ACCUEIL HUMIDE
A Viveiro, il pleut.Nautaem'attend sous l'auvent de la gare routière. Sitôt débarqué il me prie de me laisser interviewer par le journal la Voz de Galicia. C'est une idée du président du club. On y va à pied et une demi-heure plus tard la photographe Pepa arrive au club où je suis entrain de me préparer. Pepa, je l'avais déjà vue lors de la concentration de Foz - Ribadeo dimanche dernier mais nous nous ne nous en rendons pas compte à ce moment-là . Ce n'est que mon quatrième interview en Galice mais c'est le premier avant de commencer mon « exploit ».
http://www.lavozdegalicia.es/amarina/20 ... 894689.htm
Le club de kayak est situé sur un polder qui permit la création du terrain de foot. Un large escalier permet aux rameurs de mettre à l'eau dans la ria canalisée. Je démonte et range le chariot.
Nautae m'aide à descendre le lourd kayak puis baigne aussi le sien. J'ajuste la jupe. C'est le moment le plus photographié. Je confie mon Pentax à un autre kayakiste qui du bord va filmer notre vrai-faux départ.
FIN D'APRàˆS MIDI SUR L EAU
Enfin vers 15h00 nous partons, au début à l'abri du relief. Le ciel gris ne laisse rien choir. Dans le chenal qui mène aussi au port de plaisance, nous croisons 2 voiliers français dont les occupants s'étonnent d'entendre « Bienvenue ».Nautaebaragouine le Français. Le chenal passe ensuite devant le port de Pêche de Celeiro et son chantier naval. Au bout de la jetée,Nautaeme met en garde du trafic caché. Une fois franchit le béton, pas de trafic, seulement le vent qui saisit nos proues. Nous sommes vraiment en mer maintenant. La proximité de la jetée concentre l'air mais un peu plus loin le vent reprend sa force cinq. Mon cap est NNO au début. Donc nous ne subissons pas toute la force du vent. Je reconnais les 3 plages où j'ai bivouaqué en 2007.
L'une porte le nom d'Area.Nautaem'apprend que cela signifie « sables » en Galicien. (Arena en Espagnol). Il existe autant de Area en Galice que de Trez en Bretagne.Nautaen'est pas très à l'aise sur l'eau. Il a commencé le kayak il y a peu. Je lui concède de faire demi-tour quand il le sentira. C'est déjà fort appréciable d'être accompagné dans ces premiers milles où je dois me résoudre inexorablement à la solitude. Ça demande une préparation psychologique. Ce début à deux m'y aide. Nous atteignons un premier cap mineur où le vent accélère. Je veux le raser pour raccourcir mon chemin. Le professeur d'université s'en écarte. C'est là que l'on se quitte, il m'avoue que plus loin il ne sera pas à l'aise. J'ai l'impression qu'il s'est déjà un peu forcé. Je le remercie, le photographie et le salue. C'était très sympa tout ce qu'il à fait pour moi, tout en me témoignant une admiration mêlée d'inquiétude. Pour ma part je dois aller à Bares au pied de l'Estaca (le pieu) où débutera une longue étape de falaise. Chaque soir je lui enverrai un Email. Il le recopiera sur le Forum Espagnol.
SEUL COMME PRà‰VU
Maintenant je suis seul comme c'était prévu. Passé ce premier cap, je peux obliquer un peu vers l'Ouest. Une rapide vedette semble me poursuivre. Serait-ce la police ? Non c'est le bateau du conseil général qui surveille ou assiste les pêcheurs. Il me rase : lui aussi va vers l'Ouest. Encore une pointe tournée vers le nord et je peux obliquer; le vent est parfaitement latéral maintenant. Je mets la voile. Il est difficile d'implanter le mat derrière moi dans le clapot. L'opération me fait perdre le temps gagné par la vitesse supplémentaire sur le reste de court trajet. J'approche de l'ile de la Coeilleira en forme de tremplin.
Je n'arrive pas à y voir un endroit pour y débarquer, pourtant un phare y a été construit au sommet après un ermitage. De ce détroit, je distingue l'Estaca et le petit port de Barres au pied. Un kite surf évolue du côté de mon objectif. Sur la fin je reçois le vent par l'arrière droite et plus je m'approche de l'Estaca moins il souffle, freiné par le relief de devant (gradient). Ce port d'échouage a une origine phénicienne. Il n'a presque pas changé, juste une prolongation de la jetée. Le village de Bares se situe à 200 m au dessus de la mer. Bares signifie ‘'bars'' il y en a 2 donc c'est grammaticalement correct. Quelques plagistes habillés surveillent des enfants actifs en maillot. Un madrilène m'aide à porter ma longue valise sur la veille rampe qui mène à une masure.

BIVOUAC 1
De nuit ce cul de sac est tranquille, en 2007 je l'ai déjà testé. Un chaton visite mes coffres. Le kite surfeur rentre aussi, sa maison est juste à côté. Je lui demande de recharger mon téléphone. Il est photographe professionnel. (Industriel, mariage, pub, sport, paysages, presse) C'est ici qu'il vit tout l'année (80 habitants l'hiver.) Il connaît Pepa. Il était aussi présent à la concentration de Foz-Ribadeo, c'est donc la seconde fois que je le vois. Il apprécie l'esthétique des kayaks de mer mais ne m'en a rien montré. L'auvent du terrain de basket est devenu vestiaire verrouillé mais le vieux lavoir couvert est toujours disponible pour ma couche.
Après un diner frugal à mon heure française (thon riz pomme) dans un coin abrité de la falaise servant aussi de WC sauvage, je décide d'aller rendre visite à l'aviateur en retraite. En 2007 il m'avait dissuadé de continuer mon parcours. La façade de la maison reçoit le vent. Tout est fermé. Je sonne. 2 garçonnets apparaissent à la fenêtre. Sa femme ne me reconnaît pas mais me présente à son mari. En quelques phrases, je lui rafraichi la mémoire. Il m'invite à m'asseoir dans le salon de télé. La belle fille le quitte pour suivre le programme dans une autre pièce. Le fils, pilote de chasse, sans s'ébahir, trouve mon projet intéressant et faisable. Le grand-père dont la véhémence m'avait fait réfléchir a mis de l'eau dans son vin. Cette fois je lui annonce que je n'ai pas renoncé. D'ailleurs depuis 2 ans c'est une frustration, un regret que je tiens à combler pour compléter le tour de Galice. Il m'apprend que les 3 cargos sont là à attendre leur tour pour décharger la bauxite africaine ou australienne au port-usine d'aluminium Alcoa.
Mon kayak est maintenant dans le noir, tranquille. La femme du photographe me dit que son mari me cherche avec mon téléphone chargé. Je le retrouve entouré d'enfants dans une des rues d'un village plus petit que celui de Molène. Le lavoir là haut est désert. Un peu sale, c'est un lieu apprécié des ados. Le vent passe par des hublots sans vitres. Au cœur de la nuit je me lèverai pour le sentir au clair de lune. Par chez nous, les lavoirs sont plutôt en aval des villages. A Bares il est encore loin du sommet du bassin versant.
Aujourd'hui en 7h30 j'ai parcouru 250 km en transport en commun terrestres
puis en 2h25 : 7.610 miles.
Demain je dois m'attaquer à un parcours inédit de 11 milles sans abri. Pourvu que le vent reste comme il est !<table width="62" align="left" cellpadding="0" cellspacing="0" height="40"><tbody><tr><td width="275" height="6">
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