Quand Samedi dernier Damien et moi longions le sud de l'île Quemenes; la houle gonflait à l'approche des hauts fonds à la fois inquiétante et majestueuse. Juste avant de déferler en contre jour du soleil de Mars chaque crête translucide prenait cette couleur iroise avant d'offrir le Champagne.
Je ne sais pas si c'est photographiable d'un kayak. Malgré la spontanée proposition de prêt de Paulo, nous n'avions pas d'appareil. Je comptais sur Oli et Eric qui finalement ne sont pas venus à Molène avec nous pour raisons majeures.
Dificile aussi de photographier le phoque avec le congre dans la gueule, surtout sans appareil.
La traversée commenca par des surfs sur les vagues fixes de la pointe de Kermorvant. Nous avions de l'avance sur l'horaire de marée.
Mais arriver à Beniguet nous a pris une bonne heure : la quatrième du jusant. La Cinquième nous l'avons passé à déjeuner sur Béniguet. La vue était splendide: que du monde sauvage à 1 mile à la ronde. Un tiers du parcours était franchi mais la marée allait bientôt s'inverser.
A la dernière heure de jusant (horaire de Brest) le courant n'était pas évident et le vent de SO s'est établi comme prévu à 13/14 Nd. Quasiment de face. Alors ce n'était plus seulemement le courant qui nous ralentissait.
Vraiment sous Quemenès en appréciant le spectable de la mer démontée et les rencontres de phoques, je me demandais si nous n'étions pas en retard et je manquais d'énergie. Damien qui zigzagait à toutes vitesse me donnait l'impression d'avoir beaucoup de plaisir. Je me trompais: son Baà¯kal à carène ronde exige un pagayage constant et en l'absence de trappe-avant (le coffre vide), il abatait; alors D. tirait des bords face aux éléments pour compenser l'excès de dérive. Je pensais avoir réglé l'assiette en lui fournissant un sac pour fond de cockpit qu'il avait chargé. Ce n'était pas suffisant. Je n'aurais pas dû prendre avec moi un Kayak sans trappe avant... J'avais déconseillé de prendre son Ultima neuf car on ne teste pas un nouveau matos lors d'une traversée engagée.
2 Jetskis sont venu par là mais n'ont pas insisté. :p Nous ne percevions pas le bruit de leur moteur comme dans un film muet.
OPTIONS
Dans le chenal de La Chimère, les 2 fluides ayant le même sens, applatissaient trompeusement la surface. Arrivé à L'île Trielen en 2ième heure de Flot j'ai du réfléchir vite: entre nous et Molène à un petit mille, restait un bac à franchir. Sa dificulté était en train de croitre encore durant 2 heures. Le mieux est de commencer un bac le plus en amont. C'est à dire ici: longer le sud de l'à¯leTrielen jusque sa pointe Ouest. Cependant, pendant ce trajet contre vent, courant et houle comme à Quemenes, se précipiteraient les 3/12° de marée.
Passer à l'Est de l'île aux Chétiens était rapide grace aux 2 fluides mais faisait commencer le bac très en aval.
Le compromis était de passer entre les 2 : le "trou de la vache" commencait à s'innonder: c'est décidé!
Très vite ce détroit à l'abri de la houle se révèle farouche. Nous n'avançons pas, puis des marmites contraires nous encouragent et nous entrons dans le passage étroit. Le fond remonte et le courant s'accélère encore. Impossible d'avancer faute d'enfoncer les pales. Nous devons traîner les kayaks 200m sur le magnifique fond caillouteux. L'eau claire est trop froide. Enfin nous sommes à l'Ouest de l'à¯le aux Chétiens et commençons le Bac. Mon "pied de pilote" s'est révélé amplement suffisant. Nous aurions probablement pu tenter par l'Est de cet ilot. Nous terminâmes vers 16h30 en défilant face à l'île : le courant enfin nous menait à la cale Charcot et au camping.
Ce fut ma 12 ième traversée. La plus dificile ; la plus conforme à la réputation de l'archipel de Molène. La plus colorée d'Iroise. Pour Damien sa première l'a ravi. Nous avons tous deux pareillement besoin de plein air.